Dédié à un jeune blogueur
C'est l'histoire d'un petit thermomètre qui vivait tranquillement dans un aquarium de poissons exotiques: sa fonction ordinaire était de mesurer la température afin d'assurer l'équilibre des chaleurs. Il avait sept compagnons : quatre agités qui se faisaient surnommer « petits requins », un scalaire élégant et nonchalant qui arrivait toujours en retard pour la pitance happée bruyamment par les précédents, et deux poissons suçeurs, hideux, qui étaient sensés nettoyer les parois de verre mais se révélaient d'une telle discrétion que la paroi face au visiteur devenait de plus en p1us opaque, d'autant que le vrai responsable - le propriétaire ! - renâclait à cette tâche ingrate et fatigante, préférant laisser longtemps s'incruster les micro-algues marronnasses ou verdâtres. Au grand dépit du petit thermomètre, de nature fort curieuse et même aventureuse.
Dans un premier temps et longtemps, l’instrument à la colonne rouge, saluant les chiffres au passage, s'était réjoui que personne ne puisse bien apercevoir ce qui se passait à l’intérieur de leur mystérieux univers aqueux. Il demeurait ainsi le seul témoin: d'abord il s'était évadé du crochet ridicule en plastique qui l'avait retenu coincé derrière le long tube qui chauffait l’ensemble. Il s'était dit d'abord que sa position technique lui devait un emplacement de choix pour qu'Alexandre - le jeune propriétaire ! - puisse chaque jour vérifier la qualité de la température mais le jeune homme n'avait même jamais accordé un battement de cil à l’échelle des degrés.
Quand l’ensemble intérieur, constitué d'eaux, de sables, de petites pierres plantées et d'algues vertes et longues, fut aménagé, il connut d'autres pensionnaires qu'aujourd'hui : un autre scalaire noir et deux betta splendens aux longs voiles transparents ù la japonaise. Ils disparurent les uns après les autres sans qu'Alexandre puisse s'en apercevoir immédiatement. Plus tard, surpris de ces absences qui se répétaient, et ne pouvant accuser ni le minet, ni quelque oiseau pêcheur, il se retourna vers le thermomètre qui ne cessait de s'agiter et même avait été, pour faire remarquer sa présence et son importance, jusqu'à se coller de fausses moustaches pour se donner des airs de détective. Alexandre colla son oreille pour entendre ses messages et l’agité du bocal dénonça les poissons suceurs, ce qui ne désignait en fait pas les assassins mais des complices charognards qui avaient dévoré les cadavres encombrants.
Ces évènements étaient déjà bien loin dans la mémoire de chacun, le jour où un ami d'Alexandre, lui rendant visite dans son bureau, s'était avisé de retrousser ses manches et d'astiquer l’intérieur si pollué de la face de l’aquarium. Il fit tant et si bien qu'on ne voyait plus de différence entre les eaux contenues et pures et l’extérieur, dans les airs. De telle sorte qu'Alexandre et son ami, ahuris, virent soudain le petit thermomètre s'évader et glisser comme un petit cerf-volant et s'échapper par la fenêtre. Il était passé à travers sans s'en apercevoir et avait pris le chemin dangereux de sa liberté...
Alexandre redoubla d'observation et d'attention jusqu'à brancher secrètement une camera d'observation, ce qui lui permit de découvrir d'abord que le petit thermomètre se faisait la malle chaque nuit, le jour tombé, franchissant sans manière les parois de verre de l'aquarium comme celles de la fenêtre. Une fois girovaguant dans les rues, nul ne savait rien de son aventure. Comme il y avait eu jadis des passe-murailles, il y avait aujourd'hui un passe-verre. Mais pourquoi faire ?
Excédé de curiosité, Alexandre se mit en planque dehors, à la sortie de sa fenêtre et vit bien, vers minuit, l'agile instrument des températures s'enfuir... mais si rapide et si haut dans les airs qu'il ne put le suivre.
Ce qui enfin lui fit deviner la clef de l’énigme, ce fut une meilleure observation des autres habitants de l'aquarium, les petits poissons. Les requins petits et malins n'avaient changé en rien. Les suçeurs se cachaient toujours et ne suçaient qu'avec lenteur et nonchalance... et le scalaire, élégante femelle discrète de son état, arborait désormais un tout fin collier de petites perles fines et minuscules. Si Alexandre avait été encore meilleur détective, il aurait pu remarquer que ce bijou d'hommage ne s'était pas constitué d'un seul coup mais que chaque aube avait amené une seule perle à la fois à son cou. Il y avait désormais onze perles arborées fièrement.
Une nuit, peu avant minuit, pénétrant nuitamment sans aucune lumière dans son bureau, Alexandre surprit le petit thermomètre enlacé tendrement à madame scalaire. A minuit pile, au mitan donc de la nuit, l'instrument au coeur battant s'envola, mais lentement cette fois, par la fenêtre, traversa la vitre en invitant son maître à en faire autant... Alexandre suivit, s'envola à sa suite. Ils s'arrêtèrent à la vitrine d'un bijoutier que le petit thermomètre bouillant traversa : il cueillit la dernière perle et s'en revint l'ajouter au collier de Madame qui l'embrassa en signe d'acquiescement à son amour, et si fort elle le fit que le petit thermomètre vit sa colonne rouge monter, monter et se dissoudre dans les eaux devenues toutes rouges de passion.
Un thermomètre frondeur qui se faisait la belle ! Alexandre se mit à craindre que les petits poissons n’en fissent autant mais non, leur tourniquet continuait comme précédemment. Il oublia le thermomètre volage lorsque le lendemain, au matin, alors qu'il versait la nourriture quotidienne à ses pensionnaires, il découvrit le thermomètre non plus flottant mais couché sur le fond, entre deux piquets verts d’algues berceuses : un bois dormant ! Il se demanda ce qu'il avait bien pu faire pendant son échappée et pourquoi il était rentré au logis, tel l'enfant prodigue. Quelle vie de patachon avait-il bien mené pour avoir autant besoin de dormir ? d'ailleurs auparavant il ignorait le sommeil et le voici qu'il s'adonnait à ce plaisir. Pourquoi ? Et pourquoi encore... Pourquoi était-il revenu à la maison ?

Cela pourrait commencer comme l'histoire de Narcisse, ou comme le « miroir magique » de la « méchante reine » de Blanche-Neige.
Aujourd'hui, les medias risquent de ne renvoyer que la mort, en flattant l'ego de celui qui les fixe. D'une part, les medias simplifient et d'autre part, ils imposent leur moule; enfin, et surtout,
ils sont les maîtres de l'ordre du jour.
« Nul n'est prophète en son pays ! » Mc.VI,1-6
Deux femmes rendues à la
vie
Marc IV,35-41